Bibliothèque nationale de France
A BEZIERS
Corrida du 10
septembre.— Les affiches apposées,
sur les murs de notre ville, annoncaient qu'un toro serait travaillé "à
l'espagnole". Tous les aficionados, et ils sont nombreux à Béziers,
s'étaient donné rendez-vous dans notre vaste Plaza.
Dimanche à deux heures, une magnifique calvalcade
composée: du Caballero (José) Bento de Araujo, de Metodo et sa cuadrilla, d'alguazils, dans monosabios, train de
mulets, etc., parcourait les principales rues de la ville.
À 3 heures les arènes étaient bondées. Un alguazil
s'avance, salue le président M. Castelbon de Beauxhostes, vice-consul d'Espagne
qui lui remet les clefs du Toril.
On sonne au Toro, VALDEMORE sort, noir bien armé. Metodo lui donne 8 véroniques et lui
place une paire à l'écart. Quelques passes de muleta et un bon simulacre.
(Ovations.)
RAMILLETO, gris et noir, emboulé pour le travail du caballero.
(José) Bento (de Araújo) lui pose crânement 6 javelines. Ce genre de travail tout
nouveau pour nous est très applaudi.
LIBERTAO, gris bien armé, est gratifié d'une paire au
cuarteo et d'un simulacre que Método
enlève avec bonheur.
KAKETON, noir taché de blanc, sans vigueur, emboulé,
reçoit de (José) Bento (de Araújo) 2 javelines et une paire de banderilles.
Malgré sa meilleure volonté le caballero ne peut le déloger du milieu de la
piste. On aurait dit qu'il y était cloué. (José) Bento (de Araújo) est
néanmoins fort applaudi.
CAPUCINO, noir taché de blanc, esta capé par toute la
cuadrilla. Loquillo se distingue. L'encorné reçoit deux bonnes paires de
Loquillo et Colon, et une paire à la chaise de Metodo. Quelques passes de muleta, et un bon simulacre. (Pluie de
chapeaux.)
SIGNORITO, chatain, que l'on avait emboulé pour le
travail du picador, rentre bientôt au toril et apparaît quelques instants après
les cornes nues. Loquillo et Lobito lui placent deux paires. Metodo prend la
muleta et l'épée et dédie ce toro "À
M. Castelbon de Beauxhostes, à la ville de Béziers, à la République française
et à l'Espagne". (Applaudissements.)
Il s'avance d'un pas ferme vers le fauve. Après 3
bonnes passes de muleta le bicho est envoyé
ad patres par une demi-estocade.
Le président accorde l'oreille au matador. (Ovations,
pluie de cigares et de chapeaux.)
7ème Toro emboulé, après avoir culbuté six amateurs
rentre au toril sans cocarde.
RÉSUMÉ. — (José) Bento (de Araújo): très fêté; Metodo:
bon à la cape très heureux à l'épée.
La cuadrilla très zélée a bien secondé son chef.
Les toros de la manade du Pouly ont été bons sauf le
4ème.
La Lyre bitteroise a bien voulu remplir les intermèdes
par quelques jolis morceaux.
La présidence: excellente.
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Il me semble bon de rappeler à mes compatriotes que
les deux premières corridas de muerte données dans notre ville eurent lieu le 8
et le 14 juillet 1883, avec Francisco Sanchez, frère du célèbre matador
Frascuelo, et sa cuadrilla.
Paco Sanchez, travailleur et heureux à l'épée,
enthousiasma le public par son jeu magnifique de cape, et il fut comblé
d'applaudissements et de cadeaux. — A.R.
In LE TORERO, Paris - 17 de Setembro de 1893